Ceci est une fiction.
Mes pas crissaient sur les petits gravillons de l'allée où nous nous promenions, sous les châtaigniers. Les branches touffues ne laissaient passer que peu de lumière. Il faisait sombre, même par un
grand soleil d'été. Il faisait frais, aussi. L'eau, qui courait plus vite que Plouf, mon labrador, apportait cette fraîcheur intarissable. Les nombreux rochers qui parsemaient le torrent faisaient
naître des clapotis qui s'ajoutaient aux bruits des animaux alentours. Des oiseaux, des insectes. Je croyais même parfois entendre des loups ! Ma mère ne cessait d'ailleurs de me répéter qu'il n'y
avait pas de loups dans la région ! Je m'arrêtais alors fermement, je fronçais les sourcils, je serrais les poings, les bras tendus le long du corps, et en la regardant fixement dans les yeux, je
lui répondais sèchement : « Si ! C'est des loups ! » Du haut de mes 5 ans, j'espérais sans doute la convaincre ! Une chose était certaine, j'étais terrifiée par ces lieux. Le froid, la pénombre et
tous ces petits bruits étranges... Tout cela en était bien trop pour une petite fille comme moi ! A cela, s'ajoutait Plouf, qui, parfois, s'élançait dans l'eau et s'éloignait à perte de vue. Dans
ces moments-là, mes gros sanglots étaient la seule réaction dont j'étais capable. « Plouf, il est parti... », « Plouf, il m'aime plus... » ou « Plouf, les loups ils l'ont mangé... », voilà tout ce
que je parvenais à dire ! Et ma mère me prenait alors dans ses bras, me berçait, me répétait qu'il était juste parti faire une balade, qu'il allait revenir, et qu'il n'y avait de toute façon aucun
loup ici. Quand il revenait, car il revenait toujours, je lui sautais au cou avec de grands éclats de rire et je criais d'une voix suraiguë, comme fière de mon jeu de mots : « Plouf, il a fait
plouf dans l'eau ! »
Quinze ans ont passé. Me revoici sur les lieux de baignade préférés de Plouf qui, aujourd'hui, n'est plus de ce monde. Les châtaigniers sont toujours aussi touffus et gigantesques. L'allée est
toujours recouverte de petits cailloux blancs. La lumière est toujours aussi peu franche mais la clarté est tout de même bien présente. Le torrent ? Il m'apparaît désormais plus comme une petite
rivière mouvementée que comme un véritable torrent déchaîné ! Les bruits étranges ? Toujours les mêmes : oiseaux, insectes, et le vent dans les feuillages. Quant aux loups ? Ma mère m'avait menti :
il y en avait un... empaillé au musée à 3 kms de là !
Le soir commence à tomber. Un frisson me parcourt le dos. La pénombre s'installe lentement. Et les bruits de la nuit se font désormais entendre. Je ne suis plus très rassurée. Malgré toutes ces
années, je suis toujours la même petite fille à bouclettes blondes, têtue et peureuse. Je n'ai pas changé. Et à cet instant, alors qu'un oiseau vient de passer devant la lune et qu'un chien au loin
hurle à la mort, je me répète incessamment : « Si ! C'est des loups ! » ...