Ceci est une fiction.
Je souffre. Cette douleur, enfouie en moi depuis déjà des mois, insidieuse, sournoise, est trop forte. Parfois, elle semble cesser, s'atténuer. Tout pourrait alors s'arranger, redevenir comme
avant, au temps où tout n'était qu'insouciance. Mais je sais que son absence n'est que temporaire. Et la crainte qu'elle revienne, plus intraitable que jamais, m'angoisse, me hante. Ce n'est alors
plus une douleur physique qui me ronge, mais une douleur mentale. Mon cerveau se met en ébullition, tous mes membres tremblent, de peur que son intensité ait décuplé durant cette absence qu'elle a
daigné m'accorder.
Soudain je la sens revenir, lentement, presque insensiblement, mais si sûrement que mon sang se glace. Quant à mon rythme cardiaque, il atteint des vitesses que mon coeur semble ne plus vouloir
tolérer. Il va céder, je le sens. Mon corps est parcouru de frissons et de sueurs froides. J'ai peur. Peur que mon coeur lâche. Peur de mourir.
Je n'en peux plus ! Je n'en veux plus... Dans un élan de courage insensé, je parviens à me lever. Mes jambes me portent miraculeusement. Je tremble de tout mon être. Je m'agrippe aux poignées, me
soutiens aux murs, m'accoude temporairement sur les meubles bas que je trouve sur mon passage. J'atteins la salle de bain, toute proche mais pourtant si loin pour moi qui rampe plus que je ne
marche. Fébrilement, je fouille un tiroir. Enfin, je l'ai !
Je reprends mon périple en sens inverse. Je jubile presque en pensant à ce que j'ai trouvé et que je porte précautionneusement dans la poche de mon pyjama.
Après de longues minutes, je rejoins enfin mon lit. Alors, allongée, je prends cette lame de rasoir et m'ouvre le poignet gauche, franchement, profondément.
Alors je la sens, ma douleur, qui s'éloigne, me quitte, goutte à goutte.