Mon premier job d'été, j'avais à peine 18 ans à l'époque, ça a été de couper des fleurs. Vous vous dites sûrement que c'est super comme métier ! Sauf que vous ignorez de quoi il s'agit vraiment. Le but du jeu n'est pas de cueillir des fleurs pour en faire de gros bouquets bien parfumés. Non, non... ça serait trop beau. Le but du jeu, c'est d'enlever la fleur, et uniquement la fleur, en laissant la tige, sans arracher la plante, et de jeter les pétales dans une allée à côté, pour ne pas les faire pourrir sur la tige et les racines. Pourquoi arracher ainsi les fleurs, vous demandez-vous ? Ca permet de multiplier les bulbes à la racine... et vendre ainsi bulbes et graines. L'agriculteur chez qui je travaillais ne vendais pas des fleurs, mais des semences.
La première fois que j'ai travaillé là-bas, c'était en avril, pour les tulipes. Ca paraît haut, une tulipe. Ca ne l'est pas tant que ça. Il faut se baisser considérablement pour atteindre la fleur. Alors on a le choix. Soit on se baisse et c'est le dos qui prend tout. Soit on fait travailler les cuisses, et très vite on commence à trembler dans tous les sens. Il n'y a pas 36 solutions : faire un mélange des deux. Jambes un peu fléchies, dos un peu penché. Et hop, on casse la tige juste sous la fleur, d'un vif mouvement du poignet. Ca aussi, ça paraît tout bête. Sauf que ce que vous ignorez, c'est que ce mouvement engendre un frottement très important sur les doigts. Et les tiges de tulipes, c'est très dur ! Et la peau des doigts, c'est pas aussi solide que ça en a l'air ! Bref, très vite, les doigts sont très douloureux... J'ai tenté les gants, aussi. Mais ça n'est pas du tout pratique.
Mon premier jour de travail était un jeudi. Ce jour-là, tout le monde était frais et dispo et le travail se faisait bien. Le lendemain, vendredi... Ce jour-là nous n'avons pas cueilli mais planté. C'est sympa, assis par terre, à mettre des petites pousses dans des petits trous dans le sol, sous de grandes serres en bâche. Pas très épanouissant, mais reposant. Le sol est certes mouillé, mais il fait bon sous la bâche ! Parce qu'en avril, il ne fait pas tous les jours très chauds.
Le lendemain, samedi... On ne travaille que le matin. Mon réveil sonne. Et c'est la pire journée de ma vie qui commence (j'exagère, là ^^). Les courbatures sont absolument atroces. J'ai mal partout. Le dos, les cuisses, les fesses. J'ai des muscles dans les fesses, moi ? Ca alors ! Bien... J'ai vraiment super mal et je n'arrive pas à me lever de mon lit... Comment faire... Avec beaucoup d'élan et en me roulant sur le côté, j'y arrive. Ouf ! Je suis debout. J'avance... J'essaie de marcher mais chaque pas engendre une douleur atroce un peu partout dans les jambes. Aïe aïe aïe ! Finalement, petit à petit, les muscles s'échauffent. Je me masse même un peu les cuisses pour bien me décontracter.
Le travail commence. Je coupe les fleurs à toute vitesse. Je ne cesse de remuer, en fait. Je sais que si je m'arrête, je n'arriverais pas à repartir. La matinée, pliée en deux, jambes fléchies, est longue... Mais finalement se termine. Je rentre. Je passerai l'après-midi sans bouger. Le moindre mouvement est une véritable souffrance. Je n'arrive même pas à m'assoir correctement. Mes cuisses lâchent et je m'écrase dans le fauteuil. La grosse vache qui tombe de tout son poids sur le siège ! Imaginez la scène ! L'après-midi passera ainsi, en minimisant le nombre de mouvements effectués...
Le dimanche, les douleurs étaient toujours présentes mais moins fortes, tout de même. La journée a été longue cependant, sans bouger, presque immobile... Et le lendemain c'est reparti ! Allez, je me motive...
La suite demain ...
Voici des photos des tulipes... Nous avions le droit de nous faire quelques bouquets...