Ceci est une fiction.
Etrange, je vole ! Pourquoi suis-je donc dans les airs, au-dessus de ma maison ? Quand ai-je commencé à me surélever ? Où suis-je exactement ? Quelle heure est-il ? Et puis tout de même, je vole...
Que se passe-t-il ?
Je dois rêver ! Oui, c'est cela, je rêve. Dans ce cas, je n'ai qu'à me réveiller... Mmmmm... Rien à faire ! Donc, je ne rêve pas. Mais alors, comment puis-je voler ?
La mort ? Je meurs et je monte vers la lumière blanche ! C'est peut-être cela ? Un petit coup d'oeil au-dessus de ma tête et j'aperçois comme un gros projecteur d'une intensité sans égale. Zut ! Je
meurs. Mais enfin, pourquoi ? J'ai tout juste 23 ans ? Qu'a-t-il pu se produire pour que je meure ? Je me souviens m'être couchée à 22h57, ce soir-là. Je m'en souviens très bien parce que le 7 est
apparu au moment précis où j'ai détourné le regard sur mon radio-réveil. Donc, je suis morte, comme ça, dans mon sommeil. Peut-être avais-je une maladie ? Je devrais m'en souvenir... Et puis
j'avais passé une visite médicale avec prise de sang et tout le bataclan trois semaines auparavant : j'étais en pleine santé, malgré quelques 5 kilos superflus qu'on m'avait conseillés de perdre.
... Une catastrophe ? Le feu ? Un ouragan ? Petit coup d'oeil vers le sol qui s'éloigne de plus en plus : non, tout a l'air intact, comme endormi. ... Oh ! Le gaz ! C'est cela ! J'ai dû oublier de
fermer le gaz et je me suis intoxiquée. Quelle distraite je fais ! Mais non, ce n'est pas possible : hier, j'ai mangé un reste de purée réchauffée au micro-onde.
Comment, alors, expliquer cette mort soudaine ? C'est vraiment idiot de mourir si jeune, sans raison ! ... Je sais ! Quelqu'un a mis fin à ma vie ! Oui ! C'est cela ! Un assassinat ! ... Pourquoi
voudrait-on me tuer ? Mon argent ? C'est insensé, je ne suis pas multimilliardaire. Peut-être voulait-on me tuer pour m'empêcher de révéler un secret ? Oui, mais quel secret ? Cette histoire
d'assassinat est complètement idiote ! Je devrais arrêter de lire Agatha Christie. Devrais-je dire : "J'aurais dû..." ? Quelle horreur !
Bien. Mais en attendant, je monte encore. Quand vais-je arriver ? "Ohé ! La-haut ! Dépêchez-vous de me faire monter au ciel ou bien faites-moi redescendre, mais pressez-vous un peu ! J'ai froid,
moi !" Tiens d'ailleurs, c'est étrange. Avons-nous donc encore des sensations dans la mort ? Il faudrait prévenir tous les gens qui souffrent que mourir ne résoudra rien à leur souffrance. Mais
maintenant, dans mon état, cela risque de ne plus être aussi simple à révéler aux vivants. Quelle pouasse !
Tiens, une ombre ! Saint Pierre ? Un ange ? Ou Satan ? Rien de tout cela, dirait-on. Mais qu'est donc cet être en face... en haut... de moi ? Il me paraît tout petit, peut-être un mètre, un mètre
20. Un gros ventre, de gros bras bien potelés. Une tête complètement disproportionnée. Et ce visage... Des yeux bleus fluorescents. Un petit nez en trompette. Des pommettes bien roses. Et un
sourire fixe, immobile, immuable. Il me tend une main minuscule que j'agrippe de peur de retomber soudainement. "Hello !"
(1)... C'est lui qui a parlé ? Mais, son sourire n'a
pas bougé. Comment a-t-il pu parler sans remuer les lèvres d'un millimètre ? "Hello ! Do you understand english ?"
(2) "Euh... Yes... Yes... I understand but...
Euh... Enfin..."
(3) "My name is Eclix. And yours ?"
(4) "Et bien, euh... Titia. My name is Titia. Can... Can... I ask you a question ?"
(5) "I am a Clini !"
(6) Comment a-t-il su que je voulais lui poser cette question ? C'était peut-être évident ! "Yes, it was obvious
!"
(7) Quoi ? Mais... Comment... "I can read in your mind."
(8) Ah ! Tout s'explique ! Il lit mes pensées ! Mais... Il comprend le
français, alors. "Oh ! Do you prefer french ?"
(9)
A partir de là, la barrière de la langue franchie, commence une longue longue longue conversation sur les Terriens et les Clini. Ils sont un petit peuple dont la petite planète sera bientôt brûlée
par leur petit soleil qui grossit. Une nova allait avoir lieu. Comme c'est impressionnant ! Alors ils avaient fui pour tenter de trouver une nouvelle terre d'accueil. Ils se renseignent donc sur le
climat, l'air ambiant, la superficie, les habitants. Eclix trouve que les Terriens sont adorables ! Du moins c'est la conclusion qu'il a tirée en me voyant. Il est déjà allé sur une planète où les
habitants étaient d'étranges nuages gazeux. Leur planète aurait été parfaitement adaptée aux Clini. Mais le moindre contact avec l'un de ces autochtones était fatal aux Clini. En fait, ils ne
s'attendent pas trop à ce que la Terre leur convienne. Elle est bien trop grosse ! Ils recherchent un petit bout de caillou plus ou moins éclairé par une petite lumière faiblarde. Ils n'aiment pas
trop la lumière. Ce n'est pourtant pas l'impression que m'a donnée leur gros projecteur !
Après de longues heures de discussion fort enrichissante, Eclix a voulu mettre un terme à ce discours. "Tu en sais beaucoup trop sur les Clini !", a-t-il trouvé. Et puis la Terre ne lui plaît pas.
L'atmosphère est trop impure. Dommage...
Nous nous redirigeons vers le gros trou par lequel je suis arrivée. En chemin, je lui explique alors que, pendant qu'il m'avait fait monter, je croyais que j'étais morte et que je montais au ciel.
Soudain, il me regarda de ses yeux fluorescents, me sourit de son sourire figé, et me dit d'une voix cynique : "Pas encore... Pas encore... Mais tu en sais beaucoup trop sur les Clini... »".
***
(1) : "Bonjour !"
(2) : "Bonjour ! Comprenez-vous l'anglais ?"
(3) : "Euh... Oui... Oui... Je comprends mais... Euh... Enfin..."
(4) : "Mon nom est Eclix. Et vous ?"
(5) : "Et bien, euh... Titia. Mon nom est Titia. Puis-je... Puis-je... vous poser une question ?"
(6) : "Je suis un Clini !"
(7) : "Oui, c'était évident !"
(8) : "Je peux lire dans ton esprit."
(9) : "Oh ! Tu préfères le français ?"...